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Dans le Confinement

Je ne suis pas PQ, je suis Œufs

Tout le monde a vu, reçu, envoyé et revu les images sur l’obsession des gens pour le PQ. A la télé, les dingues qui remplissent leur caddie de PQ, sur le Web, les mèmes et autres images détournées à base de PQ, les influenceuses qui posent dans leur salle de bain au milieu d’une pyramide de rouleaux de PQ.

Apparemment le phénomène est mondial : pendant que le virus se propage et que les personnels soignant se battent pour sauver les plus atteints, le monde entier est obsédé par le PQ.

Que le confinement rende nerveux, ça se comprend. Mais le PQ? WTF le PQ! Je ne vais pas entrer dans des détails scabreux mais on peut se débrouiller sans PQ. Le PQ ce n’est pas vital, en revanche, les œufs…

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C’est la guerre

Je suis sortie pour acheter des œufs. J’avais suffisamment de PQ mais aussi de pâtes, de légumes, de fruits, de farine et de sucre. En revanche, à peine quatre œufs dans mon escarcelle. Sans œufs, pas de gâteaux, de gougères, de mousse au chocolat, de kneidler, de salade d’endives (je mets toujours des œufs durs dans la salade d’endives), de mayonnaise, de spätzele, de pain, de brioche, de quiche. Quand on aime cuisiner et qu’on a le temps de cuisiner, c’est ballot de ne pas avoir d’œufs.

Au Carrefour en bas de chez moi, j’ai compris que Macron avait raison : c’est la guerre. Plus de PQ bien sûr mais plus d’eau, plus de lait, plus de farine, plus rien de rien. J’ai inspecté religieusement les rayons et y ai trouvé deux paquets de poudre d’amande. J’ai pris, je n’en avais plus et en ai toujours besoin.

Me suis dirigée vers la caisse. Devant moi, une folle avec masque et gants, collée à un type muni des mêmes accessoires, qui gesticulait en regardant autour d’elle ce qui se passait. Elle m’interpelle: 

– Restez à un mètre, respectez les distances de sécurité

Je n’étais peut-être pas exactement à un mètre derrière, mais loin de moi l’idée de me coller à cette dingue et encore moins de me faire invectiver par elle

– Dites-donc, vous êtes bien collée au Monsieur qui est habillé comme vous

– Oui mais lui c’est mon fils

– Ah dans ce cas, si vous voulez faire la police, commencez par respecter les règles : pas de sortie à plusieurs par foyer.

– Mais nous on connaît, on est allé dans les pays exotiques, on sait ce que c’est répond le fils.

Le type derrière moi, qui était bien black de peau, me demande

-Ils disent ça pour moi?

Je lui dis de laisser tomber, que c’est des dingues et me retourne vers les masqués

– Stop, vous arrêtez de nous faire chier.

Les dingues se sont calmés net, j’ai payé mes amandes avec ma carte bancaire « en sans contact ». D’ordinaire pour des petites dépenses je paie cash mais désormais je suis à fond sur le sans contact.

On ne va pas s’arrêter là

Bilan pas très positif pour cette première sortie, il me faut des œufs, j’ai trouvé des amandes et j’ai vu une folle comme on risque désormais en voir de plus en plus. Je n’ai pas voulu retourner me confiner sur cet échec et j’ai pensé à Picard.

Autant vous dire de suite, je ne suis pas une grande adepte de Picard, dans la mesure où je ne mange jamais de plats cuisinés. Cela dit, vu l’état du stock de Carrefour et la rencontre avec ma première folle, me suis dit que je pourrais congeler des haricots verts et des morceaux de cabillaud.

Devant chez Picard, il y avait la queue avec un vigile qui faisait rentrer les gens un par un. En cinq minutes de queue, j’ai été approchée par une vieille qui toussait (si si) et qui me demandait si le Picard était fermé. J’ai expliqué à la dame qu’on était dans le confinement et qu’il fallait qu’elle attende gentiment son tour à un mètre derrière moi.

Il y a aussi eu ce type qui voulait entrer avec sa femme et ses gosses et son caddie.

Déjà en temps normal les gens qui partent à quatre faire leurs courses ça me gonfle, mais dans le confinement c’est tout simplement insupportable.

– mais on est de la même famille explique le chef de famille au vigile

– ce n’est pas pour vous, c’est pour les autres lui répond calmement le vigile

Le chef de famille a haussé les épaules et est entré seul dans le picard, tandis que sa tribu l’attendait, bien regroupée sur le trottoir.

Sauvée par les fruits congelés

Et puis ce fut mon tour. Et là grand désespoir je constate que les premiers congélateurs sont totalement vides. J’aperçois ensuite des sacs de coquilles saint jacques dans un congélateur. Puis plus rien. Au rayon apéritif il y a des pains surprises et autres canapés, mais bon, je ne pense pas recevoir dans les prochains jours et puis de toutes façons ce n’est pas ma came ce genre de produits.

Je commence à désespérer lorsque j’aperçois une bouteille de vin, que dis-je un étalage de bouteilles de vin. Différents rouges, quelques blancs.

Bingo, pas question de se laisser aller dans le confinement, prenons du vin. Je brandis une bouteille et me dirige vers la caisse. Tout à coup je me dis que ce n’est pas possible d’aller chez Picard juste pour acheter du vin alors que les gens font la queue dehors pour acheter des lasagnes au cheval qu’ils vont entasser dans leur congélateur.

Je retourne sur mes pas, inspecte consciencieusement les bacs, bien décidée à ne pas lâcher ma bouteille sans pour autant acheter de la merde ou des trucs que je ne risque pas de manger seule dans le confinement. Le rayon fruits congelés m’a sauvée. J’y ai déniché un sachet de rhubarbe et un sachet de mirabelles. De quoi faire une tarte, de la compote, de la confiture… On verra bien de quoi demain sera fait.

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