Catégories
Dans le Confinement

Le Débrief du 20h02

Pendant ma dernière année d’études en Allemagne, j’ai dû écrire un mémoire, « Diplomarbeit » en allemand dans le texte. Avec ma colocataire, on ne s’y était pas vraiment pris en avance, trop occupées que nous étions à faire la fête. Du coup, quand on a commencé à rédiger notre Diplomarbeit, on a dû mettre les bouchées doubles pour rattraper notre retard. Pendant les révisions des précédents examens on avait déjà instauré un petit rituel qui consistait à aller voler une tablette de chocolat dans le petit supermarché d’à côté : ils n’étaient pas très sympas et il nous fallait une petite dose de piment dans nos journées consacrées à l’étude bien barbante de l’économie, du marketing, de la finance, de la logistique, du droit commercial et autres thématiques, le tout en allemand de surcroît.

Bref, pendant que l’on consacrait nos journées à rédiger notre Diplomarbeit, on a trouvé une autre façon de se détendre. Tous les mardis soirs sur la ZDF (je crois), un épisode de Dallas était diffusé en allemand. Un rendez-vous culturel hebdomadaire que je n’ai jamais manqué et auquel participaient de plus en plus de potes. Il faut dire que nous avions agrémenté le visionnage de la saga des Ewing d’un jeu fort sympathique : le Drink Dallas. Les règles étaient on ne peut plus simples : chaque fois que quelqu’un boit, tu bois;  le résultat était garanti : au bout de quarante-cinq minutes, tout le monde était bourré.

Hier soir, une copine m’a envoyée une alternative plus contemporaine du Drink Dallas, l’Apéro-Bingo avec Manu. Du coup j’attends avec impatiente sa prochaine intervention.

apero-bingo avec Manu
Apéro-Bingo avec Manu

Onze Mai, Début des Saints de Glaces

On a donc une date dans la ligne de mire, le onze mai. Cela ne concerne pas tout le monde et cela reste à confirmer. A lire la presse, on dirait que cela a calmé pas mal de gens ce onze mai, mais personnellement je reste sur ma faim. Manu était peut-être plus dans le ton que la dernière fois, il a reconnu des erreurs de parcours, mais je n’ai pas été épatée quand il a listé les choses accomplies depuis qu’on se fait chier dans le confinement. Il a doublé les lits en réanimation, rapatrié dix-mille Français, mis en place un système d’éducation à distance. Quand la majorité des Français réussit à se torcher la gueule en vidéo-conférence, ce n’est franchement pas une prouesse.

Manu nous dit que l’on va faire face. Il a passé des commandes de masques. Il a, comme en temps de guerre, relancé la production de masques. D’ici trois semaines, on pourra en fabriquer cinq fois plus.

Dans les quinze jours, Manu nous présentera un plan détaillé de la stratégie de déconfinement. Je vais organiser un Apéro-Bingo sur Zoom pour sa prochaine intervention, ça pourrait être marrant.

Je Braque sur les Masques

Tous les matins, j’appelle un pote que je surnomme mon mari, c’est vous dire si on est proches. On fait le point sur les morts du Coronavirus, c’est notre petit rituel. Je relève en effet les chiffres d’une sélection de pays depuis que je suis dans le confinement :

  • le trio européen gagnant en nombre de morts par habitant : Espagne, Italie, France
  • l’Allemagne, parce qu’Angela assure bien mieux que Manu
  • la Hollande et la Suède, les deux pays européens qui n’ont pas confiné.
  • et bien sûr les deux bouffons Donald et Bob

On a vécu ensemble sur Face Time le jour où Donald est passé devant les Italiens en nombre de morts. Un grand moment.

Bref, mon mari a ses parents qui habitent sur l’île de Ré, Réduku pour les intimes. Dès le début du confinement, il avait envisagé de prendre les clés de l’Audi et de se barrer à Réduku, profiter du bon air et de la piscine chauffée. J’ai piqué une gueulante en lui disant que son attitude était égoïste et qu’il me décevait beaucoup. Pour moi, il prenait le risque de filer le virus à ses parents et pourquoi pas à tout Réduku. Petit à petit mon avis est devenu moins tranché et depuis le discours de Manu, je lui ai donné ma bénédiction pour partir.

J’ai appelé sa maman, ma belle-mère, pour prendre des ses nouvelles. C’est une bonne couturière et du coup on a discuté fabrication de masques, parce que je ne comprends toujours pas comment la sixième puissance mondiale n’est pas foutue d’avoir des masques en nombre suffisant. Je suis comme ça, je braque sur les masques. Avec le confinement, le virus ne se propage pas assez vite, il semblerait que seulement dix pourcent de la population française soit contaminé. Certes, grâce au confinement on a sauvé des vies en limitant le nombre de malades à mettre sous respirateurs. Il n’empêche que le onze mai on ne sera pas plus avancés parce qu’on n’aura pas assez de contaminés et pas assez de masques.

Ma belle-mère m’a tout expliqué sur la fabrication des masques grands publics. Elle a mis trois jours à mettre sa méthode au point. Au début elle a pris du coton trop épais. Du coup les masques n’étaient pas confortables, on avait du mal à respirer. Elle est passée sur du coton intissé. Personnellement je ne savais pas qu’il existait du tissu non tissé. Pour moi tissu et tissé c’était un peu la même chose, mais figurez-vous qu’il existe du tissus non-tissé (il y a des infos sur Wikipédia pour ceux que ça travaille) et que l’intissé c’est le top pour les masques, tu peux tousser tranquillement, les gouttelettes sont bloquées par l’intissé. Maintenant qu’elle est au point, elle te fait une dizaine de masques en quelques heures.

– J’ai bien compris le truc, ça va assez vite. Je recycle les draps housses que j’avais pour les enfants. Tissu intissé d’un côté et matière plastifiée de l’autre.

– Et ça marche bien?

– Oui il te suffit d’avoir deux masques et encore. Tu rentres chez toi, tu asperges le côté plastifié avec du gel et c’est bon. Et puis c’est du coton, tu peux les laver. Toi, tu peux utiliser des alèses, ça marche aussi.

– Oh moi vous savez, je ne sais pas coudre, je suis née avec deux mains gauches.

– Vraiment?

– Oui, j’ai même redoublé ma troisième année de maternelle tellement que j’étais maladroite. J’étais entrée à l’école en avance, car native d’avril mais au bout de trois années, je continuais à tout renverser, tout casser, alors j’ai redoublé, mais c’est une autre histoire.

Là dessus ma belle-mère m’a proposé de me fabriquer des masques et de me les envoyer.

– Ils ne sont pas super jolis m’a-t-elle dit, un peu gênée.

– Pas très grave, je suis sûre que vos masques s’accorderaient parfaitement avec mes racines. Cela dit, ne vous embêtez pas, je voulais juste savoir si c’était compliqué de fabriquer un masque.

Agnès Varda, sors de ce corps

Et de me confirmer qu’elle se débrouille. Comme tout le monde, elle commence à manquer d’élastiques mais elle utilise de la ficelle et ça marche très bien. Quand je l’entends, je me dis que certains ont plus de bon sens que d’autres.

Sans vouloir faire mon Ashkénaze, je me méfie du onze mai et de la suite. D’ici là, on aura trouvé des masques et on sera prêtes à rouvrir la boutique, au pire on se mettra un caleçon ou une chaussette sur la tronche pour prendre le métro. Cela dit, sans touristes et sans troquet à côté, cela risque d’être bien morose.

Mon pauvre Papa a entendu que les seniors seraient confinés jusqu’au trente-et-un décembre. Moi aussi je l’avais entendu mais ne lui avais pas transmis l’information, en espérant naïvement qu’elle ne tombe pas dans les mailles de son filet.
Enfin bref, joyeux Noël 2020 et bonne année 2021 les séniors!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *