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Dans le Confinement

Pessah dans le Confinement

Je me suis emballée l’autre jour avec les bulles du petit. Il est certes bien vivant, mais pas encore prêt à franchir le pas. L’adolescence est une période difficile après tout. Je note toutefois du progrès, la pâte a tout de même gonflé un peu, mais rien à voir avec l’effet de la levure de la gentille boulangère masquée. A côté, l’effet de Blob-Lafayette c’est de la roupie de sansonnet. En tous cas son petit séjour au frigidaire lui a fait du bien, il m’a l’air bien plus coopératif. Je vais le remettre dans le frigidaire des voisins pour la semaine de Pessah. Peut-être qu’un séjour dans un appartement vide sans courant d’air lui permettra de devenir adulte.

Cuisine de Pessah
La Dame Alsacienne fabrique des Kneidles à partir de farine de pain azyme. Illustration Alphonse Lévy vers 1900

L’autre jour mon cher Papa (je ne sais plus s’il avait bu du thé ou du café) m’a balancé la phrase suivante:

– Sinon dans le Grand-Est, les nouvelles ne sont pas bonnes.

A chaque fois, je me fais avoir. Je m’attends à une information grave, triste, glauque, un proche qui se meurt, un ami qui est mort, la maladie qui frappe quelqu’un de la famille. Une nouvelle pas bonne quoi.

Dans les faits, il m’a annoncé la mort d’un commerçant qui avait son commerce à côté de celui de ma grand-mère. Pour information ma grand-mère est née en 1902 et est décédée depuis presque quarante ans. Elle a dû revendre son commerce dans les années soixante-dix. Je m’en souviens encore de son commerce, le type qui était installé à côté me dit vaguement quelque chose et évidemment je ne considère pas son décès comme une bonne nouvelle. Je m’attendais simplement à bien pire.

Les Dix Commandements

Affiche les Dix Commandements
Les Dix Commandements, pour fêter Pâques dans le Confinement

Hier soir, c’était donc le premier soir de Pessah. Quand on n’est pas dans le confinement on se réunit en famille, c’est-à-dire à cinq chez les Ashkénazes et à trente chez les Séfarades, pour célébrer la sortie d’Egypte en mangeant du pain azyme.

Avant cette soirée, on prend soin de bien débarrasser sa maison de tout pain, bretzel, gâteau et levure. A l’époque les Juifs n’avaient pas eu le temps de faire lever leur pâte. Quand tu es en fuite, tu n’as pas le temps de passer chez la gentille boulangère masquée pour attraper de la levure. Quand tu es dans le désert depuis trop longtemps, tu demandes à quoi ça sert d’élever un Blob-Lafayette.  Alors tu manges du pain azyme.

Le premier soir de Pessah consiste à se souvenir de l’époque où les Juifs, esclaves du Pharaon, fabriquaient des briques dans d’affreuses conditions. A la fin de l’histoire, Moïse, ce brave Moshe, sauve son peuple, fend la mer en deux, et installe les juifs dans le désert du Sinaï.

La soirée se passe en trois parties : une première séance de textes, prières et chansons où tout le monde participe. Le plus jeune de la famille (c’est moi) a sa petite chanson à chanter. Avec cette chanson, il demande aux autres pourquoi cette nuit n’est pas comme les autres, pourquoi ne mange-t-on  pas de la bonne baguette, pourquoi mange-t-on accoudé, etc.

Après cette première séance qui dure assez longtemps, parfois très longtemps selon le profil des participants, on passe à table : pain azyme, gefillte fish, raifort et kneidler sont la base du repas chez les Ashkénazes.

Après on est reparti pour une petite séance de cantiques et chansonnettes. A la fin, on est exténués et on a le ventre en vrac après avoir mangé du pain azyme toute la soirée.

La cérémonie dure bien plus longtemps que le chef d’oeuvre de Cecil B. Demille « Les Dix Commandants » qui lui-même dure plus de trois heures. J’ai essayé de le regarder hier soir, mais je n’ai pas tenu jusqu’au bout.

Ethnocentrique, jusque dans le pain azyme

Dans le Grand-Est, on avait deux fabriques centenaires de pain azyme. Neymann à Wasselonne et Heymann à Soultz-sous-Forêts. La Neymann a fermé il n’y a pas longtemps. Il paraît que la belle-fille ne s’entendait pas avec le père. Donc maintenant on consomme le pain azyme de Soultz-sous-Forêts.

Et mon Papa de me raconter une petite anecdote de Soultz-sous-Forêts qui se passe pendant la guerre de 1870, mon Papa sait une tonne de trucs et a une mémoire d’éléphant.

Après la bataille de Wasselonne, où l’armée Mac-Mahon s’est fait défoncer, les Allemands ont installé leur état-Major à Soultz-sous-Forêts. Le commandant était Frédéric, Frédéric Guillaume Nicolas Charles de Hohenzollern de son nom complet, le futur « empereur des 99 jours » (le pauvre est décédé d’un cancer, quatre-vingt-dix-neuf jours après avoir succédé à son paternel). Appelons-le Fritz, c’est plus simple. Le Fritz est également le vainqueur de la célèbre bataille de Reichshoffen, pendant laquelle les cuirassiers Français à cheval sont tombés comme des mouches sous les coups de canons allemands. Nous les Français ont avait des vieux canons qui se chargeaient à l’avant, alors que de l’autre côté du Rhin, on avait des canons modernes. Un peu comme aujourd’hui où Angela fait cinq-cent-mille tests de Coronavirus par semaine alors que Manu ne sait toujours pas s’il faut mettre un masque de protection ou pas.

Reichshoffen
Charge du 3e régiment de cuirassiers français bataille de Reichshoffen. En tête le colonel Lafunsen de Lacarre qui vient de se faire tuer et dont le cheval continue de galoper (en réalité il n’a plus de tête puisqu’il a été décapité par un boulet prussien).

Donc le Fritz, à peine installé à Soultz-sous-Forêts repère deux journalistes Français embusqués, l’un travaillait au Figaro, l’autre au Gaulois. Les types ont eu chaud aux fesses car à l’époque les Allemands craignaient les francs-tireurs et ils auraient pu confondre.  Le Fritz a finalement invité les deux journalistes à boire un café, puis les a renvoyés en France par Bâle. La Suisse était aussi neutre pendant la guerre de 1870.

Cela dit, à Paris, la Heymann n’est pas disponible alors j’ai pris de la Rosinski. Evidemment, c’est moins bon.

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