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Dans le Confinement

Petit Flash Back dans le Confinement

Je vais d’ordinaire (comprenez « hors confinement ») tous les quinze jours rendre visite à mon Papa dans le Grand Est comme on dit maintenant. J’avais programmé un voyage le huit mars. On ne parlait pas encore d’être dans le confinement et Corona faisait plus penser à de la binouze qu’à autre chose. Même si on avait entendu parler des deux-mille-cinq-cents fidèles de l’Église Evangéliste de la Porte Ouverte Chrétienne qui s’étaient rassemblés pour prier en s’échangeant leurs gouttelettes à Bouxwiller, Corona était alors considéré comme une grosse grippe particulièrement dangereuse pour les personnes âgées. J’ai toutefois préféré annuler mon déplacement : je vois des touristes étrangers toute la journée, je prends le Métro tous les jours et le TGV tous les quinze jours pour aller dans le Grand Est. J’ai préféré ne pas prendre le risque de contaminer mon cher Papa, même si je pressentais que je ne le reverrai pas de sitôt.  Ca m’a fait de la peine, pour moi et pour lui, j’ai donc pensé à lui expédier régulièrement des petits colis.

Linzertörtchen

Linzertörtchen

Les Linzertörtchen (que l’on pourrait traduite par « Tartelettes de Linz ») sont des petits sablés à base de noisettes et d’amandes, fourrés à la confiture de framboise et parfumés à la cannelle. C’est une véritable tuerie. Cent pour cent de réussite, même chez les Français de l’intérieur qui n’aiment pas beaucoup la cannelle. J’ai mis la boîte à gâteaux dans un carton que je me suis appliqué à scotcher comme il faut pour protéger les Linzertörtchen : il est plus facile de faire des petites tartes de Linz que des petits cakes de l’île de Scone, en revanche c’est bien plus long à confectionner, pas question de gâcher le travail.

– J’ai bien reçu le colis, mais j’ai eu du mal à l’ouvrir.

– Désolée c’était pour que les Linzertörtchen arrivent en bon état.

– Oui mais là, avec les problèmes que j’ai aux mains, c’était vraiment difficile. C’est très gentil, mais ne m’envoie plus de colis s’il te plaît.

Ashkénaze un jour, ashkénaze toujours, mon Papa a tendance à commencer par se braquer sur le mauvais côté des choses. Heureusement que cela ne dure pas et qu’il finit par entrapercevoir le bon côté. En l’occurrence il a trouvé les Linzertörtchen délicieux et a fini par arrêter de me parler du scotch. Le temps était venu de lui envoyer un deuxième colis avec un pot de ma confiture, mon Papa adore ma confiture d’oranges.

Me voilà partie à la Poste avec un deuxième colis. Le lendemain matin, j’appelle mon Papa et l’informe de la livraison prochaine d’un pot de confiture d’oranges sans trop de scotch. De son côté, il me raconte qu’il a pété la machine à café. Il s’agissait d’une petite cafetière filtre (quatre tasses). Il avait déjà pété et remplacé plusieurs fois le verseur. Le dernier n’était pas vraiment adapté à la machine et à vrai dire, j’étais étonné qu’il ait tenu jusque là.

Je m’en souviens, c’était le dix-neuf mars, soit  deux jours avant son anniversaire. J’avais prévu de lui apporter une tisanière, mon Papa étant amateur de thés et de tisanes, c’était une bonne idée de cadeau. Mais bon, avec le confinement, difficile de mettre son paletot simplement pour aller chercher à la boutique la fameuse tisanière. Du coup, j’ai pensé à lui faire livrer une machine à café, et de préférence une machine de compétition, solide, permettant de faire à la fois du café filtre pour le matin, mais aussi des expresso pour l’après déjeuner.

Le lendemain mon Papa m’appelle pour me dire qu’il a reçu la confiture d’oranges. En revanche, le facteur ne monte plus dans les étages. Il a dû descendre dans la précipitation chercher le paquet ce qui l’a dérangé.

– Il faut arrêter avec le colis, ce n’est pas pratique, on doit maintenant descendre.

– Désolée, je ne voulais pas t’embêter, c’est parce que tu aimes la confiture d’oranges.

– Oui mais il n’y avait pas d’urgence, il me reste plein de pots.

Je ne me formalise pas, je sais que d’ici quelques jours, il appréciera et le geste, et la confiture. A peine avoir raccroché je suis notifiée par Amazon que la machine à café vient d’être livrée, ouille ouille ouille, very very bad timing.

– Allo? Je viens de recevoir un deuxième colis. Une machine à café!

– Promis c’est le dernier, c’est ton cadeau d’anniversaire.

– Mais elle est énorme, je ne peux pas la mettre à la place de l’autre, elle prend trop de place.

– Tu peux l’installer sur le plan de travail, entre l’évier et les plaques de cuisson. Demande à Brigitte de te filer un coup de main quand elle viendra demain.

-Bon oui, on verra. Mais franchement il ne fallait pas.

J’ai senti que cette machine à café allait occuper une place importante dans nos conversations quotidiennes.

Je vous raconterai la suite plus tard, j’ai un coronanniveraire à préparer avec plus de trente invités. Et puis aussi, j’aimerais bien savoir si Maeve et Otis de Sex Education vont coucher ensemble. Tout le monde le sait mais personne ne veut me le dire!

2 réponses sur « Petit Flash Back dans le Confinement »

Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle pour la fin du confinement d’apprendre que des tas de petites choses maintes fois tripotées continuent de transiter en quatrième vitesse entre la France et l’Alsace.

Maintes fois tripotées? Personne ne tripote mes Linzertörtchen, seul l’emballage est tripoté. On déballe, on se lave les mains et c’est bon. De toutes façons, depuis la machine à café, je n’envoie plus rien.

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